Architecture: Héritage des Lumières Imprimer
Écrit par Caroline   
Architecture : Héritage des Lumières
TDARCHITECTURED2MARINAGASNIER


I. Etienne-Louis BOULLÉE (1728-1799).

Ses efforts de réflexions dépassent la simple copie de modèles antiques. Son esprit est attentif, ce qui lui vaut d'être souvent qualifié de génie. En août 1762, Boullée est admis dans l'Académie Royale d'Architecture où il s'impose par son assiduité et par l'originalité de ses idées ainsi que le nombre de ses élèves. En effet, en un demi-siècle, Boullée forme Chalegrin, Broniard, Girardin, Durand et Bernard. Son influence s'exerce au plan Européen. De 1762 à 1778 Boullée ne travaille que pour des particuliers, notamment dans l'édification de nombreuses demeures, dans un style élégant et sobre qui caractérise la dernière partie du règne de Louis XV.


1. L'hôtel Alexandre, rue de la Ville-l'Evêque (1763-1766).


La façade possède trois niveaux, avec rez-de-chaussée, étage noble, et étage attique. Ce dernier est surmonté d'un entablement ainsi que d'une corniche. L'édifice est couvert d'un toit-terrasse (ou toit plat) masqué par une balustrade. La travée est rectangulaire avec des pilastres cannelés. On retrouve également des corniches au premier étage Le corps principal possède deux ailes en retour d'équerre, ainsi qu'un portique comprenant quatre colonnes ioniques. On trouve également des baies rectangulaires ainsi que des oculi. Il s'agit du seul édifice conservé de Boullée.


2. L'hôtel de Menville, 1764.


Du côté jardins, on retrouve un étage attique aveugle. A partir de 1778, Boullée renonce à faire des projets pour es particuliers car il veut se consacrer à de grandes tâches. Il se consacre alors aux projets d'architecture publique. Ainsi il réalisera un Projet de Métropole et un Muséum en 1782, le Cénotaphe en 1785, qui témoignent de ses nouvelles ambitions.


3. Projet du Muséum, 1782.


Le plan est dessiné à la plume et à l'encre. On trouve un bâtiment qui délimite une cours intérieure. Au centre, le Temple de la Renommée en croix grecque. Le plan est en quatre feuilles. En face de chaque angle quatre massifs triangulaires.

4. Projet de Métropole, 1781-1782
.

Il s'agit d'un plan cruciforme avec une coupole au centre, composée de deux tambours et coiffée d'une lanterne. Boullée en dessine deux vues: « vue intérieure au temps de la fête de Dieu » et « vue intérieure au  temps des Ténèbres ».

De 1798 à 1799, Boullée s'adonne à sa vraie vocation, la définition théorique de son art. Durant les dix dernières années de sa vie, ses chantiers publics sont abandonnés à cause de la Révolution, et les Académies sont condamnées. Les mécènes sont en fuite et Boullée prend alors sa retraite. Mais c'est de 1787 à 1792 qu'il crée ses productions les plus originales, ainsi que l'élaboration de son esthétique personnelle.

5. L'hôtel Brunoy, 1774-1775.


Construit pour Madame de Brunoy, à Paris, rue Faubourg Saint-Honoré. Aujourd'hui disparu, l'hôtel peut être reconstitué grâce à un guide de Legrand et Landon, qui éditent une description de Paris en 1818. Recueil de Kraft et Ransonnette.  Il s'agit d'un édifice de plan allongé, avec un corps de bâtiment et un corps de logis principal. Il y a six pièces communicantes sans couloirs de distribution (=pièces en enfilade). Le corps de logis est flanqué de deux ailes en retour d'équerre qui sont également présentes côté cours.
Ce corps de logis principal se compose également d'un portique, hexastyle, avec au centre une fontaine. A l'intérieur on retrouve un salon, deux antichambres ainsi qu'une salle à manger. Cet hôtel est flanqué de deux hôtels mitoyens (qui disparaissent sur les plans idéalistes de Boullée). Sur le côté droit on observe un bossage continu en table.
En ce qui concerne la décoration intérieure, on en connaît que celle du Grand Salon, de plan carré, aux pilastres ioniques triplacées, comprenant des baies en plein-cintre et une voussure avec des décors peints par Vincent. En 1978, l'hôtel subit de nombreuses transformations qui rendirent son apparence définitive en 1930. Pour ce chef d'oeuvre, Boullée déploie sur un terrain exigu, une architecture élégante et pleine de noblesse. Ses contemporains disaient que cet hôtel était « le plus célèbre de Paris ». On admirait surtout l'effet qu'il produisait du côté des Champs-Elysées. La Statue de Flore qui se trouve à l'intérieur lui a valu le nom de « temple de Flore ».

6. Le Cénotaphe pour Newton.


Un cénotaphe est un monument dédié à la mémoire d'un personne, mais sans corps. La création architecturale dans le cadre d'une discussion sur l'essence du « Beau » est au centre des principaux débats de l'Académie royale d'Architecture. Au XVIIe siècle, Perrault distingue le « Beau » à valeur universelle, du « Beau » à la mode. Le premier est caractérisé par une certaine symétrie. Les lois du « Beau » selon la Nature sont inscrites dans sa Théorie des corps (étude des propriétés des objets permettant de connaître leur influence sur nos sens). On trouve deux catégories d'objets, les corps irréguliers et les réguliers (symétrie et variété comprise par nos sens). Pour Boullée, le plus beau décor naturel est la sphère, « qui associe la symétrie la plus accomplie à la variété la plus infinie ». Elle est en effet favorisée par la plus subtile dégradation de la lumière.

En ce qui concerne le Cénotaphe, on trouve une enceinte au centre où s'élève le monument principal. On trouve une ouverture pratique sur le socle où est placé le tombeau. La sphère possède d'étroites canalisations, distribuant le jour par des points lumineux selon la disposition naturelle des étoiles dans le ciel.

On a une impression d'immatérialité et d'immensité de l'espace intérieur, ce qui oblige le spectateur à se tenir au pôle inférieur. Pour lui, le sarcophage est la seule référence matérielle.
Dans son Essai sur l'art, Boullée explique que l'effet de ses monuments doit être triste, c'est pourquoi il n'y ajoute aucun décor. Pour lui, l'architecture est supérieure aux autres arts, car elle peut imiter la nature et la mettre en oeuvre. On détourne la production de la nature aux fins de l'architecture pour former par exemple des péristyles avec des cyprès.

7. Autres projets de cénotaphes.

Les cyprès forment une colonnade. On retrouve cela dans le projet de Sépulture des plus illustres et savants Hommes. Dans le Projet de maisons cosmopolites par Vaudoyer, on retrouve la sphère percée de canalisations. On le retrouve également dans le Projet de la bibliothèque Royale de Boullée.


Projet de la Bibliothèque Royale.

Sépulture des plus illustres et savants hommes.
On retrouve dans la bibliothèque royale un portique corinthien, une élévation aveugle, l'utilisation d'une sphère portée par deux Atlas. La nouveauté se situe dans l'ouverture zénithale de forme allongée. Boullée opte également pour le cénotaphe tronconique, qui rappelle les pyramides d'Egypte dans le sens où leur fonction est de perpétuer la mémoire de ceux auxquels ils sont consacrés , pour braver les ravages.

8. Projet d'opéra.


On y trouve des statues-colonnes, en périptère, qui repose sur un tambour à gradins (coupole). Le plafond est à caisson. On a un accroissement quasi mégalomane des dimensions. Le réduction des corps de bâtiments donne lieu à une géométrie épurée. La définition des surfaces est lisse, sans décrochements. On observe le jeu d'ombres et de le lumières, la multiplication des éléments d'articulations. L'ensemble de ces éléments vise à subjuguer l'observateur par l'émotion. On retrouve des idées dans sa Théorie des corps. On a une réelle qualité plastique de l'édifice grâce aux jeux de lumières.

Pour aller plus loin.


Exposition du Boullée: http://www.expositions.bnf.fr/boullee/indexpo.htm

ROSENEAU (Hélène), "The sphere as an Element in the Montgolfier Monuments", The Art Bulletin, Vol. 50, N° 1 (Mar., 1968), College Art Association.
Suite du cours sur Claude-Nicolas Ledoux.
Mise à jour le Vendredi, 16 Septembre 2011 20:43