Le Néoclassicisme Imprimer
Écrit par Caroline   

Le NÉO CLASSICISME



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SOMMAIRE :

  1. Bibliographie

Ce terme est inventé au XIXe siècle. Nicolas Poussin, peintre classique du XVIIe abordait déjà le thème de l’Antiquité, souvent opposé au courant Néo-classique. Ce mouvement est né à la fin du XVIIIe siècle, période difficile pour les artistes. Les philosophes associent cette société à un art rococo, qui ne correspond pas au monde de la mort. La société souhaite revenir à un art plus sain, plus juste que le rococo et le baroque. C’est le "goût à la grecque".

Joseph VIEN, La marchande d’amours, 1763.H/T 122*98cm

Ce style oriente l’Art vers une rigueur et une austérité qui lui valent le nom de "vrai style". On trouve une volonté de revaloriser le statut de l’artiste. Certaines sculptures antiques servent de modèles à ce nouveau style, telles que le Laôcon, l’Apollon du Belvédère, ou encore la Vénus de Médicis. L’archéologue allemand J. Winckelmann (1717-1768) donne son fondement théorique au mouvement et écrit alors deux ouvrages: Réflexions sur l’imitation des œuvres grecques en peinture et sculpture, 1755 et Histoire de l’art chez les Anciens, 1764. Il donne le goût pour les formes antiques et s’appuie sur un schéma organique: la naissance, la vie, la mort. Pour lui, le Néo-classicisme c’est la "noble simplicité" et "grandeur calme". Cependant il reste persuadé que les contemporains ne feront jamais aussi bien que les Grecs, et ne pourront que les imiter. On se base sur une unité de lieu, de temps et d’action, et on se cantonne aux trois couleurs primaires.

  • Antonio Canova (1757-1822)

Sculpteur Italien, Canova est le concurrent direct du peintre Thorvaldsen, dont l’art est un peu plus froid. Pour Canova, l’antiquité est épurée, c’est pour cela qu’il utilise pour ses sculptures du marbre blanc et privilégie le nu. Il fait construire un musée en forme de temple grec afin d’y abriter ses œuvres. Il a une formation, précoce à Venise, chez un sculpteur rococo du nom de Giuseppe Bernadi-Torretto chez qui il entre à onze ans.

Antonio CANOVA, Dédale et Icare, 177-1779, Marbre, 220*95cm, Venise

Dédale et Icare est son œuvre majeure. L'anatomie du père reste très naturaliste. Canova part à Rome en 1780 et réalise Thésée et le Minotaure. Le moment représenté est celui qui suit l’action, quand le combat est terminé.

Antonia CANOVA, Groupe sculpté sur marbre, 145,5 x 158,7 cm. 1781-1783. Victoria and Albert Museum, Londres.

L’influence de Winckelmann est très vive. cette œuvre lui permet d’obtenir la commande du Tombeau de Clément XIV. On y retrouve un cadre architectural majestueux, mais Canova dépouille son œuvre de tout décor. Il s’agit d’un cadre à l’antique, sans corniche dorée, comme l’aurait fait le Bernin. On retrouve le pape Clément XIV en geste de colère (il a aboli l’ordre des Jésuites). A la gauche de ce dernier est représentée la Tempérance, tandis qu’à sa droite apparaît la Désuétude. Les lignes sont épurées et simplifiées.

Antonio CANOVA, Le tombeau de Clément XIV, 1783-1787. Marbre, 740*790*295, Rome, Basilique Saint-Apôtres.

Il réalise ensuite un second tombeau, le Tombeau de Clément XIII, 1790, Saint-Pierre de Rome. On y retrouve le pape en prière, avec à sa gauche la Religion, et à sa droite un ange païen au regard mélancolique. On retrouve toujours cette simplification des lignes. Le marbre est poli au maximum, la lumière est diffuse et uniforme.

Antonio CANOVA, Tombeau de Clément XIII, 1790, Saint-Pierre de Rome.

Le Tombeau de l’archiduchesse Marie-Christine d’Autriche, avec sa pyramide, fait référence à l’antiquité égyptienne. Il s’agit d’une forme de mysticisme, de réflexion sur l’au-delà.


Antonio CANOVA, Tombeau de l’archiduchesse Marie-Christine d’Autriche, 1799-1805, Vienne.

Il réalise ensuite le portrait de Pauline Borghèse en Vénus victorieuse, qui est en quelque sorte la rebelle de la famille. Elle tient entre ses mains la pomme de la discorde. Son corps est enduit de cire colorée.

Antonio CANOVA, Pauline Borghèse, marbre, 1757-1822. Galleria Borghese, Rome.

Plus tard, l’artiste revient à un autre art, moins néo-classique. Il réalise alors Napoléon en Mars, ou encore Psyché ranimé par le baiser de l’Amour.

Antonio CANOVA, Napoléon en Mars, 1806, Aspley House, London.

Antonio CANOVA, Psyché ranimé par le baiser de l’Amour, Marbre, 1801, Musée du Louvre, Paris.

Cette œuvre est commandée par le colonel John Campbell en 1887. Canova va mettre cinq années pour la réaliser. Il joue sur les pleins et les vides, et n’a pas créé le groupe d’un seul point de vue, de façon à ce que pour la regarder entièrement, il faut tourner autour. Psyché est un personnage caractéristique du style néo-classique. Le baiser est mis en valeur au centre des bras de Psyché. La composition est en croix. On a dans cette œuvre l’introduction d’une certaine grâce et d’une certaine poésie.


  • Jacques-Louis David (1748-1825)

On trouve souvent dans l’œuvre de David la présence de pavillons, dans une volonté de géométriser des formes. Il s’agit là d’un modèle de noblesse et de monumentalité, sans jeu de symétrie et de décors chargés. David dépouille les volumes et les simplifie. Ce style se retrouve également dans l’architecture, avec des artistes tels que Nicolas Ledoux (cf: Salines d’Arcs-et-Senans). David est le peintre le plus célèbre de son temps, qu’il soit contesté ou admiré, et on lui compte un nombre importants de suiveurs. Il accorde de l’importance aux principes académiques, aux conventions, aux recettes d’atelier, ce qui oblige ses contemporains à le suivre s’ils veulent être reconnus. Plus tard les Romantiques se sentiront étouffer par ce modèle. Il est celui qui incarne le mieux le fond et la forme. Il met en pratique un langage pictural adapté des théories de Winckelmann. Son modèle est très lisse, très pur, son dessin est simplifié, idéalisé, et à la palette restreinte aux couleurs primaires. Sa touche est très lisse, molle, translucide et donne à l’ensemble un caractère uniforme. Sa composition est géométrique par juxtaposition. David débute sa carrière comme élève de Vien. Il est étudie parallèlement à l’Académie, de 1766 à 1774, et échoue trois fois au Grand Prix de Rome, raison pour laquelle il gardera toujours une certaine rancœur envers l’Académie. C’est avec Antiochus et Stratonice, qu’il obtient enfin le prix de Rome en 1774.

Jacques Louis DAVID, Antiochus et Stratonice, 1774, H/T, 120*155cm, Ecole des Beaux-Arts, Paris.

Il part à Rome en 1175, avec dans un premier temps l’idée que l’Antique ne le “séduira pas”, c’est pour lui un art morne “sans entrain”. Mais son séjour à Naples le fera changer d’avis. Il y rencontre Quatremer de Quincy, qui va systématiser ses idées. Vivant Denon lui montre l’Antiquité autrement. Il applique alors la théorie du Beau Idéal et réalise en 1780 un Jeune homme nu de dos. Dans son œuvre Saint Roch intercède auprès de la Vierge pour le guérison des pestiférés, l’artiste place ici ses personnages sur un même plan, un même éclairage, en haut à gauche. Le pestiféré est traité de manière naturaliste.

Jacques-Louis DAVID, Saint Roch intercède auprès de la Vierge pour le guérison des pestiférés, 1781, H/T, 260*195cm, Marseille, Musée des Beaux-Arts

Dans Bélisaire demandant l’aumône, on trouve des références au Classicisme de Poussin, mais aussi des références à l’Antique. Bélisaire est un général déchu aux yeux crevés par l’empereur. Tout se concentre sur le personnage principal. La composition est conforme à celle de Poussin.

Jacques-Louis DAVID, Bélisaire demandant l’aumône, 1784, 101*115cm, Paris, musée du Louvre.

Ce tableau lui permet de passer au morceau de réception La douleur et les regrets d’Andromaque sur le corps d’Hector son mari. Il s’agit d’un épisode tiré de l’Iliade. Le cadavre d’Hector possède une cage thoracique énorme, et se trouve dans une lumière blafarde. La seule chose naturelle dans cette œuvre est le geste de cet enfant dans les bras de sa mère.

Jacques-Louis DAVID, La douleur et les regrets d’Andromaque sur le corps d’Hector son mari, 1783, 275*203cm, Paris, musée du Louvre.


Mais, l’œuvre qui passe pour le manifeste du Néo-Classicisme est sans conteste Le serment des Horaces. Les Horaces (Rome) font la guerre aux Curiaces (Albe). Cette scène représente le sacrifice fait pour la patrie. On retrouve une composition en frise, dans un ensemble très stable, la profondeur étant donnée par les lignes des dallages au sol. David utilise les couleurs primaires rouge, jaune, bleu, dominées par des couleurs froides.

Jacques-Louis DAVID, Le serment des Horaces, 1784, 330*425cm, Paris, musée du Louvre.

Dans Les licteurs rapportent à Brutus les corps de ses fils, on trouve Brutus au 1er plan à gauche, le corps tendu, au visage impassible dans l’ombre. Brutus est le 1er Consul de la Rome Romaine. Il fait exécuter ses fils qu’il accuse de comploter contre lui. A droite, les femmes, éplorées, sont quant à elle dans la lumière. Dans l’ombre on peut distinguer une statue de la République Romaine. Cette toile signe le début d’une carrière révolutionnaire, même si l’artiste travaille assez peu sous la Terreur.

Jacques-Louis DAVID, Les licteurs rapportent à Brutus les corps de ses fils, 1789, 323*422cm, Paris, musée du Louvre.


Dans Le serment du jeu de paume, les personnages sont d’abord peints nus avant d’être habillés. On trouve une certaine rigueur et une volonté de gommer les défauts.

Jacques-Louis DAVID, Le serment du jeu de paume, 1789, Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon.

C’est la mort de son ami Marat, assassiné par Charlotte Corday, que David a voulu représenté dans La mort de Marat. on retrouve toujours ce dépouillement extérieur. L’artiste se concentre sur le corps de Marat. On découvre aussi une tâche de sang ainsi qu’une lettre. La lumière est blafarde et l’arrière-plan à peine esquissé. Le personnage est représenté dans sa vérité et son réalisme psychologique.

Jacques-Louis DAVID, La mort de Marat, 1793, Dijon, musée des Beaux-Arts.


Dans cette même période, il réalise des œuvres telles que Le Peletier de Saint-Fargeau, ou la Mort de Bara, tous des martyrs de la Révolution. David admire Napoléon et abandonne le Néo-Classicisme, cependant il garde toujours un dessin épuré. C’est une Antiquité fantaisiste qui est représentée dans les Sabines, œuvre à la politique contemporaine, qui lasse ses contemporains.

Jacques-Louis DAVID, Les Sabines, 1799, 399*522cm, Paris, musée du Louvre.

Il réalisera durant cette période quelques portraits, tels que le Portrait de Madame Récamier, à l’antique, (Paris, musée du Louvre), avant de se consacrer presque exclusivement à Napoléon.

Dans Bonaparte franchissant les Alpes, on retrouve une veine un peu lyrique, romantique. L’artiste devient un chef d’Ecole dont les élèves deviennent les collaborateurs. il va former un petit groupe d’artistes qui vont devenir de grands maîtres de l’art français. Dans cette œuvre trouve un décor de tempête.

Jacques-Louis DAVID, Bonaparte franchissant les Alpes, Versailles.

David réalise des toiles d’histoire toujours romancées, mais contemporaines. Napoléon veut montrer la légitimité de son pouvoir. Dans le Sacre de l’empereur, apparaissent des portraits de gens reconnaissables. Cette œuvre emblématique est le début d’un cycle.

Jacques-Louis DAVID, Le sacre de l’empereur, 1804, 621*979cm, Paris, musée du Louvre.

Dans Le serment après la distribution des aigles, le mouvement est figé, arrêté. Dans Léonidas aux Thermopyles, David s’attaque à un évènement de 'l’Antiquité grecque. Léonidas et ses soldats sont massacrés par les Perses. Il n’y a pas de fougue mais une certaine agitation de la part des soldats, nus et casqués. Cette représentation va être appelée à donner naissance à l’Art pompier (en référence aux casques). Cela montre la pérennité des œuvres de David.

Jacques-Louis DAVID, Léonidas aux Thermopyles, 1814, 395*531cm, Paris, musée du Louvre.

Napoléon quitte la France en 1815, et David figure alors sur la liste des personnes qui doivent être bannies. Louis XVIII ne veut pas se venger, mais cela n’empêche pas David de s’exiler quand même. Gros est fidèle à son maître, qui s’est tourné vers la mythologie gracieuse. David va se soucier uniquement des lignes, ce qui donne une peinture de décor. Dans Amour et Psyché, on peut voir Psyché, endormie sur l’Amour. Ses contemporains lui feront le reproche que l’Amour n’est pas idéalisé. La grande arabesque du corps de Psyché n’est pas sans rappeler les personnages d’Ingres. On a alors une rupture d’avec le Néo-Classicisme.

Jacques-Louis DAVID, Amour et Psyché, 1817, H/T, USA, the Cleveland Museum of Art.

Dans Mars désarmé par Vénus et par les Grâces, le personnage masculin semble artificiel, peu idéalisé. Il est revêtu de quelques armes. L’arabesque de Vénus et des femmes est à peine idéalisée. Ce tableau donne un mouvement plus populaire, plus classique. On retrouve l’Art antique coloré, a contrario du marbre blanc épuré de Canova. On a aussi une volonté de coller à l’Histoire. David meurt en 1825, considéré comme le restaurateur des arts en France. Les toiles napoléoniennes sont cependant cachées pendant la Restauration. Dans les années 1820, c’est l’apparition du Romantisme avec Delacroix, et l’apparition de la lutte entre Classiques et Romantiques. L’Ecole de David comprend tous les gens nés entre 1770 et 1780, et regroupe ses élèves et suiveurs. On a une certaine homogénéité que l’on ne retrouve pas par la suite. C’est l’apparition du courant primitif, qui se regroupe chez David) et qui s’inspire aussi de l’Art grec.

  • Pierre Narcisse Guérin (1774-1833)

Ce dernier, contemporain de la seconde génération des élèves de David, utilise des couleurs froides, et une peinture plaisante pour l’Académie, telle que Enée raconte à Didon les malheurs de Troie. Il s’agit là une œuvre ambitieuse, dont la composition en frise lui donne un air factice.

Pierre Narcisse GUERIN, Enée raconte à Didon les malheurs de Troie, 1816, Paris, musée du Louvre.

  • Antoine Gros (1171-1835)

Elève de David, ce dernier lui confie son atelier lors de son exil, Gros n’a jamais obtenu le prix de Rome. Aussi part-il en Italie à ses frais, pour voyager et se familiariser ainsi avec la peinture moderne de ce pays, loin de Rome et l’Antiquité. Dans Le combat de Nazareth, une esquisse de concours, Gros met en scène le général Junot qui met en déroute l’armée turque. On remarque un dessin rigoureux, très pur. L’artiste aime représenter le mouvement des combats cheval. Il met en place des éléments nouveaux. La composition est tourbillonnante. Gros marque les jeunes Romantiques car il apporte cette fougue que David avait perdu. Sa touche est beaucoup plus vive, avec un pinceau apparent par endroits. Ceci est impensable dans le style Néoclassique.

Antoine Jean GROS, Le combat de Nazareth, 1800, Nantes, musée des Beaux-arts.

Dans Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa, Gros met en valeur un épisode de la saga napoléonienne. On y voit Napoléon touchant un pestiféré, en référence aux rois thaumaturges, qui touchaient les mains des malades pour les guérir. On voit apparaître des éléments orientaux, notamment en ce qui concerne les costumes. C’est la naissance de l’orientalisme romantique?

Antoine Jean GROS, Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa, 1804, Paris, musée du Louvre.

Napoléon sur le champ de bataille d'Eylau est une œuvre assez froide, notamment à cause de la neige. Napoléon sur son cheval accorde sa grâce à un prisonnier. les cadavres sont marqués par la neige. On a une atmosphère dramatique, pas très attrayante. Les critiques reprochent à cette œuvre d’être trop véridique. Le Romantisme n’est pas réaliste mais ses artistes souhaitent quand même montrer une nature plus humaine.

Antoine Jean GROS, Bonaparte sur le champ de bataille de l’Eylau, 1808, Paris, musée du Louvre.

  • Girodet (1767-1824)

Girodet est également un des élèves de la première génération de David, avant la Révolution. Il obtient le Prix de Rome en 1789. Dans Le Sommeil d'Endymion, le personnage est éclairé par la lumière lunaire. Les lignes sont épurées. On retrouve des sources thématiques et stylistiques.

GIRODET, Le sommeil d’Endymion, 1791, Paris, musée du Louvre.

Les Funérailles d'Atala est une œuvre inspiré par Chateaubriand, dont il peignit le portrait. Une jeune femme, idéalisée, est entourée de végétation. Girodet utilise la technique du sfumato (clair-obscur). Il marque la sensibilité romantique qui inspire Delacroix.

GIRODET, Les funérailles d’Atala, 1808, Paris, musée du Louvre.

On trouve dans sa peinture, les tendances annonciatrices du Romantisme.

  • Jean Auguste Dominique Ingres (17780-1867)

Contemporain de Delacroix, élève de David, Ingres connaît des débuts difficiles. Il a le mérite de privilégier le dessin. Fils d’un décorateur toulousain, il débute ses études classiques à Toulouse chez Roques, puis à Paris chez David, de 1797 à 1801, où il prépare le concours du Prix de Rome. Dans Les Ambassadeurs d'Agamemnon et des principaux de l'armée des Grecs, précédés des hérauts, arrivent dans la tente d'Achille pour le prier de combattre, il aborde un thème mythologique, avec la présence de guerriers nus, dont l’anatomie est très étirée. Les lignes sont serpentines et sinueuses.

Jean Auguste Dominique INGRES, Les Ambassadeurs d'Agamemnon et des principaux de l'armée des Grecs, précédés des hérauts, arrivent dans la tente d'Achille pour le prier de combattre, 1801, Paris, musée des Beaux-arts.

Les partisans de David voyait en lui un art “gothique”. Ingres étudie en Italie de 1806 à 1824, période pendant laquelle il envoie quelques uns de ses tableaux les pus connus (Oedipe et le Sphinx, Jupiter et Thétis) et ne revient en France qu’en 1825. Il est alors élu membre de l’Académie et ouvre son propre atelier. En 1829, il devient professeur aux Beaux-arts et en 1834, directeur de l’Académie Française à Rome, où il reste jusqu’en 1841. En 1855, il bénéficie d’une rétrospective de ses œuvres. On l’oppose souvent au Romantique Delacroix.

Dans le Portrait de Mademoiselle Caroline Rivière, la jeune femme est habillée suivant la mode contemporaine. On se laisse emporter par le magnifique détail de l’hermine. Le visage de Caroline paraît factice, avec ses yeux en amandes dignes d’un héritage grec. Ingres souhaite gommer tout ce qui est superflu, ce qui agace beaucoup les critiques.

Jean Auguste Dominique INGRES, Portrait de Mademoiselle Caroline Rivière, (1793-1807), Paris, musée du Louvre.

Dans Napoléon Ier sur le trône impérial, la composition est symétrique. Napoléon tient la main de la Justice ainsi que l’épée de Charlemagne. Ingres va jusque dans les détails dans la texture des vêtements, notamment le velours. Il s’agit là d’une composition assez plane, manquant de volume,ce qui a pour effet d’accentuer l’effet de symétrie, donnant par la même un côté artificiel au personnage.

Jean Auguste Dominique INGRES, Napoléon Ier sur le trône impérial, 1806, Paris, musée de l’Armée.

Dans le Portait de Monsieur Bertin, Ingres traduit le caractère bourru et emporté de son personnage par ses cheveux, ce qui rend ce dernier plus vivant, plus réaliste. L’artiste a ici matérialisé les défauts physiques de son personnage.

Jean Auguste Dominique INGRES, Portait de Monsieur Bertin, 1832, Paris, musée du Louvre.

Le reste de sa production se divise en plusieurs thèmes:

*Les mythes

En 1827, Ingres ajoute à son Oedipe et le Sphinx, des ossements. Ce thème possède une forte connotation morale. Au lieu de proposer une réflexion, il met en lumière la lutte entre la Laideur et la Beauté. Dans cette œuvre, ni mouvement, ni contraste fort, ni mise en scène dramatique. Ingres aime l’ambigüité et crée des œuvres mystérieuses.

Jean Auguste Dominique INGRES, Oedipe explique l'énigme du sphinx, 1808, Paris, musée du Louvre.

Dans Thétis implorant Jupiter, la néréide implore le Dieu des Dieux. La séduction se traduit par le plan dans les lignes. Jupiter ne fait aucun mouvement, il a le regard fixe, et porte des vêtements à l’antique. A gauche, on remarque le visage jaloux de Junon. On retrouve dans cette œuvre l’influence de David à travers les couleurs. La composition est plane sans perspective.

Jean Auguste Dominique INGRES, Thétis implorant Jupiter, 1811, Aix-en-Provence, musée Granet.

Dans le songe d’Ossian, Ingres peint ici un thème à la mode. Ossian est un barde écossais, ancien guerrier, devenu aveugle et qui devient poète. MacPherson présente Ossian comme un Homère. Il inspire l’artiste jusque dans les années 1820. Napoléon souhaiterait voir ce thème orner le plafond de sa chambre en Italie. Il s’agit d’une œuvre homogène, mais quelques peu étrange car monochrome. Les personnages rêvés sont représentés dans un dégradé de bleu et de gris. La composition repose sur deux registres. La jonction entre les deux niveaux est faite par Malvina, la belle-fille d’Ossian.

Jean Auguste Dominique INGRES, le songe d’Ossian, musée de Montauban.

Dans l’Apothéose d’Homère, Ingres fait une allusion à l’Ecole d’Athènes (cf: Raphael). On y voit Homère avec à ses pieds l’Iliade et l’Odyssée.

Jean Auguste Dominique INGRES, l’Apothéose d’Homère, 1827, Paris, musée du Louvre.

*La littérature

Roger délivrant Angélique, est une œuvre qui paraît assez fantaisiste. L’armure de Roger est très décorée, et il monte un cheval à demi griffon. Cette œuvre est commandée pour la salle du trône à Versailles. Ingres travaille beaucoup sur les nus. Les personnages ne communiquent pas.

Jean Auguste Dominique Ingres, Roger délivrant Angélique, 1819, Paris, musée du Louvre.

*Religieux

Dans le Vœu de Louis XIII, la Vierge est inspirée de la Madone de Raphael. Les critiques reproche à Ingres son côté factice. La composition est maniérée et associée aux anges efféminés.

Jean Auguste Dominique INGRES, Le vœu de Louis XIII, 1824, Montauban, cathédrale.

*Les Nus féminins

Un des premiers, sinon le plus connu, celui de la baigneuse Valpinçon. De dos, cette baigneuse paraît synthétique, le buste très allongé. Le Nu est mis en valeur par toutes les draperies autour.

Jean Auguste Dominique INGRES, La baigneuse Valpinçon, 1808, Paris, musée du Louvre.

La Grande Odalisque est une œuvre dont le caractère oriental est destiné à légitimer le Nu. On observe un éventail en plumes de paon. Les étoffes, les draps, les coussins sont très détaillés.

Jean Auguste Dominique INGRES, la Grande Odalisque, 1814, Paris, musée du Louvre.

Dans la Source, on retrouve cette pose très déhanchée.

Jean Auguste Dominique INGRES, la Source, 1820-1856, Paris, musée d’Orsay.

Le bain turc est l’aboutissement des recherches d’Ingres. On a ici un effet d’entassement des corps nus. Les critiques parlent de “plat d’asticots”. Ingres a été inspiré par la lettre d’une anglaise qui décrivait l’intérieur d’un harem. Son format de tondo évoque la perfection et lui permet d’accentuer ce côté entassé. on a un effet en trompe l’œil. La palette est restreinte, avec des tons chauds dus aux tentures. Ses œuvres vont inspirés les peintres modernes, tels que Picasso.

Jean Auguste Dominique INGRES, le bain turc, 1862, Paris, musée du Louvre.

BIBLIOGRAPHIE :

*F. G. Pariset, « Le Néo-Classicisme » (état de la question et bibliographie), in L'Information d'Histoire de l'Art, no 2, 1959

*Neo-Classicism : Style and Motif, Museum of Art, Cleveland, 1964

*F. Licht, Canova, New York, 1983

*S. Monneret, David et le néoclassicisme, Terrail, Paris, 1998

*W. Hauptman, Ingres, trad. H. Tronc, Cinq Continents Éditions, Milan, 2006

Mise à jour le Vendredi, 16 Septembre 2011 20:42