Cathédrale de Jaca Imprimer
Écrit par Caroline   

Cathédrale de Jaca


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1160-1170 sont les dates pour la façade de Saint-Gilles. Le phénomène tendant à utiliser un style antique s’est propagé largement, avec toute une série d’ensemble qui ne sont pas forcément à la hauteur de Saint-Gilles.

On assiste à une véritable floraison de l’art en Provence, un des derniers exemples de sculpture romane. Un autre exemple est celui de l’église de Castres, où la sculpture est tout de même assez érodée.

On a une structure de chapiteaux corinthiens, puis au-dessus le Christ entouré des quatre symboles des évangélistes. Cette œuvre est fine, les plis évoquent l’antiquité, et s’inscrit donc dans la suite de Saint-Gilles. Ce chapiteau a été tronqué et on y a ajouté un élément de la partie supérieure, dont le montage s’est fait dès le 12ème siècle.

La propagation se fait en provenance du Languedoc, vers l’Espagne.

Cathédrale de Jaca

On trouve deux textes de 1063 à propos de cette cathédrale. L’un parle d’un Concile qui avait pour objet de transférer en ce lieu le siège épiscopal de Heusca. Il parle de la donation à la cathédrale de Raca, alors en construction. Il signale que les trois autels majeurs sont construits et que l’on en est au projet du voûtement.

Heusca en 1063 est encore aux mains des musulmans. On juge alors qu’il vaut mieux transférer le siège épiscopal dans la zone libérée des musulmans.

Le second texte fait état des lieux, l’édifice n’est pas terminé mais l’ensemble est en bonne voie d’achèvement.

Cependant, cela pose un problème d’un point de vue histoire de l’art, car 1063 est une date relativement haute pour la sculpture, qui montre qu’elle rejoint celle de Saint-Sernin de l’époque de Gilduin, soit peu après 1100.

Jaca est une petite capitale du royaume d’Aragon libre, mais dépend en 1076.

Il y a eu une falsification vers la fin du 12ème siècle, faite à Raca même. En effet, Heusca est reprise en 1076 par les musulmans, or la ville est plus dangereuse que celle de raca, qui est la ville par excellence de l’Aragon à l’époque romaine.

Donc, lorsque cette ville est libérée, on a toutes les raisons de croire que le siège épiscopal est de nouveau reporté à Heusca. Jaca redevient donc une simple collégiale, d’où le désir de faire croire que la cathédrale de Raca est une cathédrale très ancienne et que le roi lui aurait accordé beaucoup d’avantages (fameuse donation). Les chanoines veulent réactiver ces donations.

La falsification est parfaitement habile. En effet, au 12ème siècle, Raca n’avait pas de voûtes romanes, si ce n’est dans les collatéraux. L’état qu’ils décrivent en 1063 est celui qu’ils avaient sous leurs yeux au 12ème siècle.

La cathédrale est élevée à la fin du 11ème siècle, et toute la sculpture romane date bien de la fin du 11ème et du début du 12ème siècle.

*L’architecture

Elle n’a pas l’ampleur de celle de Toulouse. En effet, les territoires ne sont pas très riches.
Elle possède trois nefs, sans déambulatoire, son transept n’est pas débordant, et son chevet comporte trois chapelles.

La nef possède des supports forts pour les doubleaux, avec entre, une pile supplémentaire pour dédoubler la grande arcade.
Ce processus permet un repérage dans le temps, on le retrouve à Saint-Nazaire de Carcassonne, vers 1076, mais aussi à Oloron-Sainte-Marie, mais l’édifice étant très restauré on ne peut rien affirmer.

La coupole de la croisée du transept est octogonale, sur trompes, puis sera abandonnée au profit d’une sur pendentifs, ce qui nous donne un autre élément de datation.

L’abside a quant à elle subit des modifications au 18ème siècle, mais elle a gardé quelques modillons de l’époque romane. On trouve dans ces modillons la trace d’un sculpteur qui viendrait de Toulouse.

Le portique du 16ème siècle abrite un portail méridional. La tour prend place devant le portail occidental (vers 1120-1130, peut-être un peu postérieur).

*La sculpture

L’œuvre est réalisée rapidement et par le même homme.

*Le portail méridional

Le tympan est repris au 17ème siècle. Il devait y avoir un christ en gloire, accompagné par les quatre symboles des évangélistes de façon malheureuse.

On trouve des éléments de sculpture dans les écoinçons. La disposition évoque celle de la Porte des Comtes, de la fin du 11ème siècle. Le style est quant à lui très rude, les plis sont repassés très nets, le dessin des drapés est à l’antique.

*Les chapiteaux de l’arc qui encadrent le tympan

-Un ange arrêtant Balaam ? (fig.1) Ceci est un épisode du livre des nombres. Balaam qui un jour sur son ânesse voit un ange qui lui ordonne de prophétiser la vérité, sur le règne de Yahvé.

Cet épisode de l’intervention céleste assure les bonnes prophéties, devant l’un des prophètes du Christ. Ici, on nous annonce que le christ va venir. Le style est tout-à-fait à l’antique, mais manque de finesse dans les visages.

Figure 1. Ange arrête Balaam

-Pouvoir salvateur du christ qui s’est sacrifié. On présente le sacrifice d’Abraham, et on est frappé par la manière dont la sculpteur a réalisé son œuvre. En effet, Abraham ressemble à une brute, et Isaac se dresse fièrement. En général, il est plutôt représenté allongé, enfant. Ici, il semble affronter l’adversité.

Le python de Jaca est une forme inventée à Compostelle, environ vingt ans auparavant. Elle est destinée à meubler l’angle des chapiteaux sous les volutes.

*Le portail occidental

Son tympan est roman, les voussures ne sont pas décorées, l’iconographie n’est pas simple, mais elle est aidée grâce aux inscriptions.

On remarque un grand disque avec un ensemble de grandes lettres, qui sont X le tout agrémenté de gros fleurons, avec une inscription autour.

Le disque un est un peu à l’image de l’univers, les fleurons comme les étoiles. P signifie Pater, X, est la première lettre du mot christ, et S signifie Sanctus Spiritus.

L’inscription force à reconsidérer la compréhension de ce chrisme. En fait, alpha caractérise le fils, car c’est la première lettre de l’alphabet. La double lettre caractéristique de l’esprit saint est le xi, car il s’agit d’une consonne dure qui en vaut deux. Pax est la trinité, la paix. Ce disque donne beaucoup d’aperçus sur la manière dont il faut comprendre les inscriptions.

Le chrisme possède une signification trinitaire.

*Les éléments figurés

On a deux lions, sous les pattes du premier lion se trouve un individu, repoussé par un serpent. Une inscription dit, comme le lion, le christ est miséricordieux, avec celui qui se repent.

Le lion est ici considéré comme le christ, tandis que l’autre lion pose la patte sur deux animaux et l’inscription dit : « Comme le lion, le christ vaincra l’aspic et le basilic. » Ceci est un psaume de David. (fig.2)

Figure 2. Les deux lions

-On a l’image centrale de la Trinité avec comme valeur essentielle la Paix, puis un christ miséricordieux ainsi qu’un christ vainqueur du Mal. La seconde formulation de la Trinité est le christ qui devient personnage essentiel.

Cela fait référence à l’Aragon, avec les musulmans, qui sont proches de Jaca, et qui possèdent un dieu unique, mais pas en trois personnages. On a adonc une insistance, une affirmation de la Trinité qui se conçoit bien dans une religion menacée.

-Cependant, d’autres perspectives s’ouvrent, grâce à une autre inscription qui apostrophe le fidèle en lui demandant de faire pénitence. C’est pour cela qu’il est placé sous le porche, à l’entrée de l’église.

*Les chapiteaux

-On a un ange qui tient un personnage par les cheveux, qui tient quelque chose avec un autre personnage.
Deux petites têtes des lions, puis Habacuc et Daniel. (fig.3)

Figure 3. Habacuc délivrant Daniel

Cela signifie la résurrection des corps, la force de la prière. La vigueur de la foi le conduit au Salut.

-On a un Homme fuyant le Mal, qui cherche à s’en protéger. C’est l’image de celui qui refuse la Tentation. Le sculpteur de Fromista, sur la route de Castille est proche du sculpteur de Jaca.

On a ici l’influence de l’antiquité et de Oreste qui est poursuivit par les furies armées de serpents. On en retrouve sur les sarcophages. Ici le sculpteur donne une vision chrétienne de cet épisode.

-Une autre scène, rare dans l’iconographie romane, représente deux personnages côte à côte, qui portent un objet pesant. Sur l’autre face, un personnage tient un bâton, une règle. Si on se place dans l’optique de la pénitence, on peut penser à la construction du corps du Christ, donc de l’église.

La morale de l’histoire est que la rédemption arrive lorsqu’elle est suivie des préceptes du christ.

L’ensemble a à faire à un artiste original, en relation avec Toulouse.

Le sculpteur de Jaca fait preuve d’une très forte originalité, notamment en ce qui concerne la sculpture humaine. Les deux joueurs de Pipeau. On perçoit des lignes courbes, ondulées. Des démons grimacent et agitent des flots de lignes. Il faut faire attention « au pipeau du plaire, car sans cela le diable déchaînera contre toi le flot de la mer.»

Les chapiteaux sont très peu souvent organisés en programme.

D’un point de vue symbolique on a ce chapiteau d’entente entre l’Homme et les animaux, ce qui est le symbole de la paix messianique.

Dans un autre chapiteau, un personnage tient un serpent à la main. Cela peut être rapproché de la prophétie d’Isaïe qui dit que le christ mènera le fauve par le bout du corps. Cela fait appel à des textes très anciens de la religion chrétienne.

La sculpture de Jaca est tournée vers le Passé, d’un point de vue technique, mais aussi d’un point de vue biblique. Certaines œuvres sont réalisées par un personnage venu de Toulouse, notamment dans les quelques modillons du chevet.

*La peinture

Il s’agit d’une peinture à fond mat, et à ton clair, qui représente toute une série d’épisodes de l’Ancien testament, dont Adam et Eve, ainsi que le Péché. Cette faute est opposée à la rédemption. En-dessous, se trouve une Adoration des Mages. C’est donc une opposition entre Adam et le Nouvel Adam, et Eve et la Nouvelle Eve.

Cette peinture n’est pas très fine, mais possède une vraie force de persuasion.

Dans les parties basses de l’abside on trouve une crucifixion, avec le bon et le mauvais larron. L’ascension est souvent le thème choisit pour la peinture murale.


-->Pour aller plus loin: Le site de Jaca

Mise à jour le Vendredi, 16 Septembre 2011 20:38